Dérive
Je marche lentement dans la forêt, l'appareil à la main. Chaque arbre, chaque sous-bois devient une photographie, puis un nuage de points, une matière recomposée par la machine à partir de ce que j'ai capté. La progression est lente, presque suspendue, comme une avancée sous l'eau.
Par instants, l'image bascule. Elle passe en négatif, un flash traverse le nuage de particules, le mouvement s'accélère avant de retrouver son calme. Ce basculement n'est pas un effet : c'est ce que je ressens en marchant dans ces lieux, un besoin de reconnexion au vivant que le temps passé derrière un écran rend chaque jour plus nécessaire, et plus difficile à atteindre.
Dérive n'a pas de destination. C'est une marche sans but précis, une manière de laisser le regard flotter plutôt que de chercher à comprendre tout de suite ce qu'il voit. Sous cette lenteur apparente se loge pourtant une tension : la fragilité de ce vivant que je cherche à retrouver, la conscience qu'il pourrait disparaître avant que j'aie eu le temps de vraiment le regarder.
Ce projet prolonge une recherche entamée avec Fragments, mais déplace le regard : d'un dispositif qui reliait des écosystèmes distants vers une traversée plus intime, où la forêt devient le lieu d'un besoin personnel de retrouver ce que l'écran fait peu à peu oublier.